Cycle de conférences

Radicalisation et Droits de l’Homme

ECCE – C3RD

L’actualité médiatique invite à réfléchir à la signification profonde des violences et des actes meurtriers dont elle se fait le relai. Le caractère passionnel suscite immanquablement un envahissement d’émotions de colère, d’angoisse autant que de tristesse dont il est nécessaire de se dégager. C’est précisément le rôle de l’Université que d’offrir l’occasion d’une prise de distance par la réflexion et l’échange.

L’Ecole de criminologie critique européenne – ECCE – de la Faculté de droit propose, par le moyen de ce cycle de conférences, une véritable interrogation quant au sens à donner aux notions de radicalisation et de droits de l’Homme. Le caractère apparemment contradictoire de ces deux notions invite en effet à l’adoption d’une position critique tant des actes que des discours. Ce cycle donnera l’occasion de questionner des scientifiques de diverses disciplines constitutives de la criminologie afin de mieux saisir la complexité des liens de sens entre la problématique de la radicalisation et la préservation des droits de l’Homme.

Programme du cycle, biographies et résumés des interventions

Jacob Rogozinski

Professeur de philosophie à l’Université de Strasbourg

Djihadisme, sacrifice et droit de l’Homme / 16 décembre 2020 – 18h

INSCRIPTION

Philosophe français, après avoir été directeur de programme au Collège International de Philosophie entre les années 80 et 90, il a enseigné au département de philosophie de l’Université Paris VIII. Il est actuellement professeur à la faculté de philosophie de l’Université de Strasbourg.

Il s’intéresse à ce qu’il nomme les “dispositifs de persécution et de terreur“. Cela l’a conduit à publier un livre sur la chasse aux sorcières –Ils m’ont haï sans raison (Cerf, 2015)- puis, à la suite des attentats de 2015, à écrire un livre sur le djihadisme.

Il considère les attentats-suicides commis par les djihadistes comme des “auto-sacrifices“ qui transgressent l’interdit fondamental que les religions abrahamiques opposent à la pratique des sacrifices humains. On assiste ainsi au retour de la violence sacrificielle au sein des dispositifs destinés à lui résister.

Quel est cet ennemi qui nous attaque à la terrasse des cafés, dans une école, une salle de concert, une promenade ou une église?
Un philosophe répond ici à cette question. Il montre que les notions de « terrorisme » ou de « radicalisation » nous empêchent de penser la terreur djihadiste. Il se demande où ce dispositif puise sa force d’attraction, dans quel contexte historique et social il est apparu, s’il est l’indice d’un « retour du religieux » et quelle relation il entretient avec la religion musulmane. Car le djihadisme a tout à voir avec l’islam, mais il n’est pas la vérité de cette religion : en voulant la réaffirmer, il la retourne contre elle-même.
Certains aspects de l’islam apparaissent alors au grand jour : son utopie émancipatrice, sa conception du pouvoir politique, sa dimension messianique et la rivalité qui l’oppose aux deux autres religions abrahamiques. Nous découvrons des « trésors perdus » de cette tradition.
Ils pourraient nous aider à combattre la cruauté archaïque que les religions cherchent à contenir et qui fait aujourd’hui retour avec les martyrs-meurtriers du djihad.

Vassiliki-Piyi Christopoulou

Docteure en psychopathologie fondamentale et psychanalyse, diplômée en science pénitentiaire, enseignante à la faculté de philosophie de l’Institut Catholique de Paris

Ethique criminologique et traitement du terrorisme – 13 janvier 2021 – 17h

INSCRIPTION

Diplômée en philosophie, docteure en psychopathologie fondamentale et psychanalyse, diplômée en science pénitentiaire, enseignante à la faculté de philosophie de l’Institut Catholique de Paris.

Dans cet ouvrage Vassiliki-Piyi Christopoulou adopte une position critique, historique et notionnelle, loin des discours idéologiques habituels. Forte d’une interdisciplinarité qu’elle place sous le signe des « interactions de la psychanalyse », elle nous invite à découvrir un Freud méconnu, un Freud « juriste ». L’emprunt par ce dernier du modèle juridique, voire judiciaire pour « penser » l’appareil psychique ouvre en effet de nombreux et inattendus horizons de réflexion pour les juristes et les philosophes du droit pénal. La philosophie pénale enfin, appelée, selon l’auteur, à jouer un rôle fédérateur dans ce dialogue entre droit et psychanalyse, accompagne constamment ces débats aux prolongements théoriques importants.

Yazid Ben Hounet

Docteur en anthropologie, Laboratoire d’anthropologie sociale, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales

Terrorisme « pré-islamique » et logiques de vendetta : approche anthropologique – 17 février 2021 – 17h

INSCRIPTION

Yazid Ben Hounet est anthropologue. Ses travaux ont porté dans un premier temps sur la place et le rôle de la tribu dans l’Algérie contemporaine, et plus largement sur la persistance, et parfois le renouveau, du phénomène tribal dans les États contemporains du monde musulman. Dans la continuité, il a engagé une étude sur les processus de réconciliation (sulh) – et plus particulièrement sur la diya (prix du sang, compensation en cas d’homicide ou d’atteinte à l’intégrité physique) – en Algérie et au Soudan. Ses recherches actuelles se situent à l’interstice de l’anthropologie politique et de l’anthropologie du droit et de la justice, en contexte musulman.

Parmi ses récentes publications :

  • Yazid Ben Hounet, Anne-Marie Brisebarre, Barbara Casciarri, Abdel Wedoud Would Cheikh, L’anthropologie en partage. Autour de l’œuvre de Pierre Bonte, Karthala, Paris, 2020.
  • Yazid Ben Hounet (eds.), Law and Property in Algeria: anthropological perspectives, Brill, Leiden, 2018.
  • Yazid Ben Hounet & Deborah Puccio-Den, Truth, intentionality and evidence: anthropological approaches to crime, Routledge, London and New York, 2017.

Titre de l’intervention :

Terrorisme « pré-islamique » et logiques de vendetta : approche anthropologique

En m’inspirant de travaux anthropologiques sur la violence, le crime, les pratiques de réparation et de réconciliation, j’essaierai de proposer quelques pistes pour éclairer (du moins partiellement) le  terrorisme et son impact sociétal. Je discuterai, dans un premier temps, les deux points suivants : 1) En quoi et pourquoi la violence terroriste que nous subissons suscite un état de sidération ? 2) Comment interpréter l’argumentaire politique en réaction ?

Je propose ensuite une analyse de la violence terroriste, que je qualifie de « pré-islamique », en essayant de dégager les logiques vindicatives qui sont à l’œuvre. Je m’appuierai pour cela sur l’exemple du terrorisme en Algérie (décennie 90) et l’analyse des normes pénales du crime et de sa sanction dans les jurisprudences islamiques.

Je terminerai par quelques considérations sur la réponse politique et judiciaire apportée par le gouvernement en réaction aux attentats terroristes.

Les responsables scientifiques 

Franck Ludwiczak

Maître de conférences, Directeur du Master Droit de la matière pénale, Responsable du DU de Prévention de la Récidive, Co-directeur de l’École de Criminologie Critique Européenne (ECCE)

Contact : franck.ludwiczak@univ-catholille.fr

Docteur en droit privé et sciences criminelles. Il a soutenu une thèse en 2006 portant sur : « Les procédures alternatives aux poursuites : une autre justice pénale ». Depuis 2009, il est maître de conférences et membre du Centre de recherche sur les relations entre le risque et le droit (C3RD) à la faculté de droit de l’Université catholique de Lille. Il dirige le master 2 Droit de la Matière Pénale ainsi que le Diplôme universitaire en prévention de la récidive. Depuis 2018, il est également codirecteur de l’Ecole de criminologie critique européenne – ECCE. Il enseigne le droit pénal général et la procédure pénale en licence et en master ainsi que les modes alternatifs de règlement des litiges pénaux. Au sein du master 2 droit de la matière pénale, il encadre le séminaire « société et risque pénal », la journée d’étude annuelle animée par les étudiants du master ainsi que le droit en action consistant en des simulations de procès et de médiations pénales. Ses domaines de recherche portent sur la procédure pénale, les modes alternatifs aux poursuites et plus généralement sur les risques d’insécurité juridique en matière pénale.

Jean Motte dit Falisse

Maître de conférences en criminologie. Codirecteur de l’Ecole de Criminologie Critique Européenne – ECCE, directeur du Master Interdisciplinaire de Criminologie Critique et du Diplôme universitaire de Criminologie Interculturelle

contact : j.motte-dit-falisse@univ-catholille.fr

Docteur en criminologie de l’UCLouvain (B), psycho-criminologue (Master de psychologie en cliniques criminologiques de l’Université de Rennes), est Maître de conférences à la Faculté de Droit de l’Université Catholique de Lille au sein de laquelle il a co-initié la création de l’Ecole de Criminologie Critique Européenne en janvier 2019.

Une expérience professionnelle diversifiée dans les champs du travail éducatif et social, de l’expertise psychologique en justice, du traitement en milieu carcéral et de la formation professionnelle relative aux auteurs d’agression sexuelle, a alimenté ses travaux de recherche et son enseignement universitaire. Ses publications et son enseignement portent sur de larges thématiques criminologiques et pluridisciplinaires : conscience sociale et conscience morale, pulsion et structuration de la personnalité, responsabilité, sens de la parole, délinquance et interculturalité … Il est directeur de trois ouvrages parus aux éditions L’Harmattan : De la Faute et du Crime, natures et cultures ; Du Sens de la Peine ; De la Récidive et du Pardon.

Pour toute information complémentaire :

contactez-nous : c3rd@univ-catholille.fr